
Annick Dubisy, comme son nom ne le suggère pas, a l'âme slave, quand elle exige d'un rouge flamboyant de tonitruer gaiement sur la toile, ou, quand, sans transition, elle emprunte (bleu suave, gris profond, ocre délité) les hauts chemins de solitude. Elle peint, en guerrière, attaque le sujet, l'apprivoise, le plie aux richesses de sa palette, pour lui arracher la vérité, sensualité, mystère. Souvent, c'est la Femme qu'elle piste, débarrassée de toute contingence sociale, ou ethnique.
Elle la veut parfaite, belle jusqu'à l'incommunicabilité. A ses visages polychromes, elle pose une dernière touche de kôhl, en appelle aux icônes, s'approprie les déesses antiques, consciente, ou peut-être pas, d'inventer des cousinages fulgurants, dans la plus totale intemporalité. La Dubisy (on dit bien << la Callas >>), peut aussi abandonner sa quête de l'Eternel Féminin, pour une exploration de lieux qui l'enchantent (la mer par exemple). De cet univers liquide, elle tire l'essentiel : espace, rêve, liberté, qui la mènent aux limites de l'abstraction (Nicolas de Stael approuverait !).Avec elle, on redécouvre, de la peinture, art primitif par excellence, le pouvoir de libération et de dangerosité. On s'en empare, on s'y noie, on émerge, ravi et meurtri, certain d'avoir, le temps d'un regard, frôlé l'indicible. Grâce à elle …
Marcelle Imhauser